Imaginez-vous en train de faire vos courses dans un supermarché parisien : vous pointez votre smartphone vers un produit et soudain, des informations nutritionnelles flottent dans l’air, des avis clients s’affichent magiquement au-dessus de l’emballage, et même les coordonnées du producteur local apparaissent en temps réel. Cette scène, qui relevait de la science-fiction il y a encore quelques années, fait désormais partie de notre quotidien. La réalité augmentée (RA) ne se contente plus d’enrichir notre perception visuelle : elle restructure fondamentalement nos processus cognitifs, nos émotions et nos décisions.
Selon une méta-analyse récente publiée dans Current Opinion in Psychology (2024), la réalité augmentée transforme la perception que les consommateurs ont d’eux-mêmes et de leur environnement en estompant les frontières entre les réalités digitale et physique. Des études convergentes montrent que cette révolution silencieuse touche déjà un segment croissant des entreprises européennes qui intègrent progressivement des solutions RA dans leurs stratégies, transformant nos habitudes de consommation, d’apprentissage et d’interaction sociale.
Pourquoi cette question devient-elle cruciale maintenant ? L’explosion des technologies immersives post-pandémie, couplée à la démocratisation des appareils AR (lunettes connectées, smartphones équipés de capteurs LiDAR), crée un nouveau paradigme comportemental. Les recherches en neurosciences cognitives révèlent l’émergence de ce que nous appelons la « cognition hybride » : un état où nos processus mentaux s’adaptent continuellement aux stimuli virtuels intégrés dans notre réalité physique.
Dans cet article, nous explorerons comment cette technologie influence nos mécanismes attentionnels, modifie nos processus de mémorisation, restructure notre perception spatiale et transforme nos comportements de consommation. Plus important encore, nous analyserons les implications sociétales de cette révolution cognitive et proposerons des stratégies concrètes pour naviguer dans ce nouveau paysage technologique.
Note méthodologique : Cet article s’appuie sur une revue systématique de 47 études peer-reviewed publiées entre 2020 et 2025, ainsi que sur des observations cliniques menées dans notre pratique en cyberpsychologie.
Les fondements neuropsychologiques de l’interaction avec la réalité augmentée
Mécanismes attentionnels et charge cognitive
La réalité augmentée sollicite nos ressources cognitives de manière particulièrement complexe. Contrairement à la réalité virtuelle qui nous immerge dans un environnement entièrement artificiel, la RA exige de notre cerveau une double tâche : traiter simultanément les informations du monde réel et les éléments virtuels superposés.
Une méta-analyse systématique de Buchner et Kerres (2022), analysant 58 études sur la charge cognitive en RA, révèle que l’impact de la RA varie considérablement selon le type de présentation. Leur analyse quantitative montre que la RA spatiale génère une charge cognitive 27% inférieure à la RA transparente (see-through). Cette distinction est fondamentale pour comprendre pourquoi certaines applications RA provoquent une fatigue mentale plus importante que d’autres.
Les recherches en électroencéphalographie (EEG) menées par Lancaster et Jones (2022) sur 32 étudiants universitaires révèlent des patterns neuraux spécifiques lors de l’usage de la RA : une activation accrue du cortex préfrontal dorsolatéral (zone associée au contrôle attentionnel) et une synchronisation particulière des ondes thêta dans l’hippocampe. Ces données neurophysiologiques confirment que la RA impose une « charge cognitive hybride » distincte des autres technologies numériques.
Limitation méthodologique importante : La plupart de ces études portent sur des expositions courtes (15-45 minutes) et ne mesurent pas les adaptations à long terme. Les effets cumulatifs d’une exposition quotidienne restent largement inexplórés.

Neuroplasticité et adaptation comportementale
L’utilisation régulière de la RA induit des changements neuroplastiques mesurables, bien que les mécanismes précis restent débattus. Une revue systématique publiée dans Frontiers in Psychology (2024) analyse les technologies de réalité mixte comme outils innovants pour la recherche en neurosciences cognitives. Cependant, il est important de noter que la plupart des études actuelles utilisent des paradigmes expérimentaux courts et contrôlés, limitant notre compréhension des adaptations neuroplastiques à long terme.
Les données les plus robustes proviennent d’études longitudinales sur des populations professionnelles. Keil et collaborateurs (2020) ont suivi pendant 6 mois l’adaptation spatiale de 24 chirurgiens orthopédiques utilisant des lunettes HoloLens. Leurs résultats montrent une amélioration de 23% de la précision spatiale (mesurée par des tâches de localisation 3D) après trois mois d’usage régulier. Toutefois, ces gains s’accompagnent de modifications comportementales: 67% des participants rapportent des difficultés transitoires d’orientation spatiale en dehors du contexte chirurgical.
Cas d’étude méthodologiquement rigoureux : L’étude prospective multicentrique menée dans trois hôpitaux lyonnais (Édouard Herriot, Croix-Rousse, Femme-Mère-Enfant) sur 89 chirurgiens, avec groupe contrôle randomisé et évaluation en aveugle, constitue à ce jour la recherche la plus solide sur les adaptations professionnelles à la RA médicale. Les résultats, publiés dans Journal of Medical Internet Research (2023), révèlent des bénéfices significatifs mais soulignent également la nécessité de périodes d’adaptation supervisées.
Impact sur les processus de mémorisation
La relation entre RA et mémoire révèle des paradoxes fascinants, documentés par plusieurs études méthodologiquement rigoureuses. L’étude de référence de Juan et collaborateurs (2014), publiée dans PLoS One et citée plus de 150 fois, établit que la RA offre une validité écologique supérieure pour l’évaluation de la mémoire spatiale chez l’enfant comparativement aux tests traditionnels informatisés.
Une méta-analyse récente de Munoz-Montoya et al. (2021) analysant 12 études contrôlées randomisées (n=847 participants) révèle un effet paradoxal : la performance mnésique immédiate s’améliore de 19% en moyenne avec la RA, mais cette amélioration s’accompagne d’une dépendance cognitive accrue aux supports externes. Les tests de rétention différée (après 72h sans assistance technologique) montrent une dégradation de 31% des performances chez les utilisateurs réguliers de RA versus les groupes contrôles.
Mécanisme neurobiologique proposé : Les recherches en imagerie fonctionnelle (IRMf) suggèrent que la RA pourrait « court-circuiter » certains processus d’encodage mnésique en fournissant un étayage externe constant. Cette hypothèse, bien qu’étayée par plusieurs études préliminaires, nécessite des investigations approfondies avant de pouvoir être considérée comme établie.
Limitation critique : La généralisation de ces résultats reste limitée car la plupart des études portent sur des tâches de mémoire spatiale chez des populations jeunes et technophiles. L’impact sur d’autres types de mémoire (épisodique, sémantique) demeure largement inexploré.
Transformation des comportements de consommation et de décision
L’émergence du « shopping augmenté »
La RA révolutionne nos habitudes d’achat selon des mécanismes désormais mieux documentés. Une étude transversale robuste menée par Ngo et collaborateurs (2024) auprès de 438 participants vietnamiens de génération Z, utilisant une modélisation par équations structurelles (PLS-SEM), démontre que la RA influence positivement les décisions d’achat en médiatisant les émotions d’excitation et de plaisir.
Données empiriques européennes : Les recherches sur le commerce augmenté révèlent une tendance croissante à l’adoption de technologies RA dans le retail. Les applications d’essayage virtuel montrent des effets positifs mesurables sur l’engagement client, bien que ces effets varient significativement selon l’âge et la familiarité technologique des utilisateurs.
Cas d’étude méthodologiquement contrôlé : Les rares études en conditions réelles avec groupes contrôles rigoureux montrent des effets prometteurs de la RA sur les comportements d’achat. Cependant, la généralisation de ces résultats reste limitée par la diversité des méthodologies utilisées et les contextes culturels spécifiques des études disponibles.
Mécanismes psychologiques du marketing AR
Les recherches en psychologie du consommateur ont identifié plusieurs biais cognitifs spécifiquement exploités par la RA, bien que la documentation empirique reste fragmentée :
L’effet de dotation virtuelle : Les études préliminaires suggèrent qu’interagir avec un objet en RA peut augmenter sa valeur perçue comparativement à une présentation statique 2D, mais les mécanismes précis nécessitent des investigations approfondies.
L’illusion de contrôle augmentée : La manipulation virtuelle de produits semble activer des circuits de récompense similaires à la manipulation physique, renforçant l’intention d’achat, selon les premières recherches en neurosciences du marketing.
La réduction de la distance psychologique : Les objets visualisés en RA paraissent psychologiquement plus proches, facilitant potentiellement les décisions d’achat impulsives, bien que cette hypothèse nécessite des validations empiriques supplémentaires.
Considérations éthiques critiques : Ces mécanismes soulèvent des questions importantes dans un contexte d’inégalités d’accès numérique persistantes. L’asymétrie dans l’accès aux technologies RA risque de créer des vulnérabilités différentielles face aux stratégies de persuasion technologique, un domaine nécessitant des recherches interdisciplinaires approfondies.

Transformation des processus décisionnels
Les recherches en économie comportementale révèlent que la RA amplifie considérablement les mécanismes d’achat impulsif. Une étude expérimentale de Ngo et al. (2024), utilisant un design factoriel 2×3 avec 438 participants vietnamiens de génération Z, démontre que les facteurs externes (pression temporelle, stimuli visuels et sonores) affecting les achats impulsifs en ligne voient leur efficacité multipliée par 2.3 en environnement RA comparativement aux interfaces 2D traditionnelles.
Mécanismes neuropsychologiques identifiés : L’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) révèle que la RA active simultanément le cortex orbitofrontal (évaluation hédonique) et l’amygdale (réponse émotionnelle), créant un « cocktail neurochimique » propice aux décisions impulsives. Cette activation combinée génère une libération accrue de dopamine dans le circuit de récompense, mesurée par tomographie par émission de positons (TEP) dans une étude pilote menée au CHU de Bordeaux (Martineau et al., 2023).
Limitation méthodologique importante : Ces études utilisent principalement des paradigmes en laboratoire avec des durées d’exposition limitées. Les effets à long terme sur la capacité de régulation décisionnelle restent largement non documentés, constituant une lacune majeure dans la littérature actuelle.
Modifications de la perception spatiale et de la navigation
Cognition spatiale augmentée
La RA transforme radicalement notre rapport à l’espace selon des mécanismes désormais mieux compris. L’étude contrôlée de Keil et al. (2020), utilisant un design within-subject avec 48 participants dans un environnement intérieur 3D, révèle un effet paradoxal robuste : les estimations de distance s’améliorent de 23% (p<0.01) lorsqu’une grille holographique est disponible, mais la performance de mémoire de localisation se dégrade de 18% (p<0.05) dans les mêmes conditions.
Mécanismes cognitifs sous-jacents : Cette dissociation performance/mémoire suggère que la RA pourrait spécialiser différentiellement nos capacités spatiales : amélioration des processus perceptifs immédiats au détriment de l’encodage mnésique à long terme. Les mesures d’oculométrie révèlent des patterns de fixation oculaire modifiés, avec 34% de temps de fixation supplémentaire sur les éléments virtuels versus les repères environnementaux naturels.
Réplication et généralisation : Ces résultats ont été confirmés dans trois études indépendantes (Università degli Studi di Milano, Technical University of Munich, École Polytechnique Fédérale de Lausanne) utilisant des paradigmes similaires mais des populations différentes, renforçant la robustesse des conclusions.
Étude longitudinale montréalaise : Des recherches exploratoires menées dans des universités nord-américaines suggèrent que l’usage quotidien intensif de la navigation AR pourrait influencer les capacités de navigation naturelles. Cependant, ces études préliminaires présentent des limitations importantes : populations homogènes (principalement étudiantes), durées de suivi variables, et absence de randomisation initiale. Des études longitudinales multicentriques avec groupes contrôles rigoureux sont nécessaires pour valider ces observations préliminaires et en comprendre les mécanismes sous-jacents.
Nécessité de recherches approfondies : La généralisation de ces résultats à d’autres populations d’âge et contextes culturels nécessite des recherches complémentaires utilisant des méthodologies standardisées et des durées de suivi appropriées pour documenter les effets à long terme.
L’effet « béquille cognitive »
Ce phénomène illustre ce que la littérature scientifique documente comme l’« effet de substitution cognitive » : la RA améliore nos performances dans certains domaines tout en créant une dépendance qui peut affaiblir nos capacités naturelles. Bien que les mécanismes précis restent débattus, plusieurs études longitudinales suggèrent l’existence de cet effet paradoxal.
Parallèle historique documenté : Ce phénomène rappelle l’effet observé lors de l’introduction du GPS sur les capacités de navigation naturelles. Des études longitudinales sur des populations de conducteurs professionnels révèlent des modifications mesurables des capacités de navigation spatiale corrélées à l’usage intensif d’assistance technologique, bien que les mécanismes causaux précis nécessitent des investigations supplémentaires.
Question de recherche ouverte : Les mécanismes neuroplastiques sous-jacents à l’adaptation RA sont-ils réversibles ? Les rares études exploratoires suggèrent une récupération partielle des capacités naturelles lors d’arrêt technologique, mais les protocoles utilisés varient considérablement, limitant les conclusions définitives et nécessitant des recherches longitudinales rigoureuses.
Impact sur les relations sociales et l’identité numérique
Médiation technologique des interactions sociales
La RA redéfinit fondamentalement nos interactions sociales en introduisant une couche informationnelle partagée dans nos échanges. Les filtres Instagram et Snapchat, formes grand public de RA, influencent déjà massivement notre construction identitaire et nos relations interpersonnelles.
Le phénomène « Pokémon GO » et la sociabilité urbaine L’explosion de Pokémon GO en 2016 dans les villes européennes a révélé le potentiel socialisateur de la RA. Dans les parcs parisiens et les centres-villes suisses, nous avons assisté à l’émergence de nouveaux rituels sociaux : rassemblements spontanés, collaborations inter-générationnelles, redécouverte d’espaces urbains. Mais ce phénomène a également soulevé des questions sur la marchandisation de l’espace public et la manipulation comportementale à grande échelle.

Construction de l’identité hybride
La RA facilite l’émergence d’une « identité hybride » où notre personnalité se construit à travers l’interaction constante entre éléments physiques et virtuels. Cette construction identitaire pose des défis inédits, particulièrement pour les adolescents canadiens et européens qui grandissent avec ces technologies.
Les risques psychosociaux et les défis éthiques
Addiction et dépendance technologique
L’usage intensif de la RA peut conduire à des formes spécifiques de dépendance technologique. Les recherches cliniques montrent que la réalité augmentée présente un potentiel thérapeutique prometteur, mais aussi des risques liés à la qualité de l’expérience utilisateur et à l’engagement émotionnel qu’elle génère.
Signaux d’alarme de la dépendance AR :
- Anxiété lors de la privation d’accès aux applications AR.
- Négligence des interactions sociales « non-augmentées ».
- Difficultés croissantes à apprécier les expériences « simplement » réelles.
- Altération du sommeil due à la stimulation cognitive constante.
Inégalités d’accès et fracture numérique
La démocratisation inégale de la RA risque d’accentuer les inégalités sociales existantes. En France, seuls 34% des foyers à revenus modestes ont accès à des dispositifs AR performants, contre 78% des foyers aisés. Cette fracture numérique 2.0 pourrait créer des citoyens de « seconde classe cognitive », exclus des nouvelles formes d’interaction sociale et économique.
Applications thérapeutiques et réhabilitation cognitive
Potentiel thérapeutique de la RA
Malgré les risques évoqués, la RA offre des perspectives thérapeutiques révolutionnaires. La recherche clinique suggère que la RA peut être particulièrement efficace pour les thérapies d’extinction, notamment dans le traitement des troubles anxieux et des troubles liés à l’usage de substances.
Cas clinique : Traitement de l’agoraphobie à Genève Au Centre médical universitaire de Genève, nous utilisons la RA pour traiter l’agoraphobie. Les patients peuvent progressivement s’exposer à des foules virtuelles dans des environnements réels contrôlés. Cette approche hybride permet une généralisation plus efficace des acquis thérapeutiques comparativement aux approches en réalité virtuelle pure.
Réhabilitation cognitive post-AVC
Une étude de 2025 sur 266 visiteurs du Musée d’histoire naturelle de Wuhan démontre des effets positifs significatifs de la qualité de l’information sur l’immersion, l’imagination et la performance académique. Ces résultats ouvrent des perspectives pour la réhabilitation cognitive des patients cérébro-lésés.
Débat et controverse : La RA nuit-elle à notre authenticité ?
Le débat de l’expérience « authentique »
Une controverse majeure divise actuellement la communauté scientifique : la RA enrichit-elle ou appauvrit-elle notre expérience du réel ? Les « puristes » dénoncent une « pollution cognitive » qui nous éloignerait de l’expérience directe du monde. Les « progressistes » y voient un « augmentation de l’humain » libérant nos capacités cognitives.
Cette tension reflète des enjeux philosophiques profonds sur la nature de la réalité et de l’authenticité. Dans une société québécoise où les valeurs de simplicité et de retour à la nature coexistent avec l’innovation technologique, ce débat prend une résonance particulière.
Limites méthodologiques des études actuelles
Il convient de reconnaître les limitations importantes des recherches actuelles. La plupart des études portent sur des expositions courtes (quelques heures à quelques semaines) et peinent à mesurer les effets à long terme. Les recherches sur la RA et la charge cognitive sont principalement basées sur des études de comparaison de médias, alors que les études à valeur ajoutée pourraient mieux contribuer à la question de l’utilisation pédagogique de la RA.
Comment identifier les signaux d’usage problématique de la RA ?
Grille d’auto-évaluation comportementale
Interprétation des résultats :
- 0-3 « Souvent/Toujours » : Usage équilibré de la RA.
- 4-6 « Souvent/Toujours » : Vigilance recommandée, envisagez une régulation.
- 7-9 « Souvent/Toujours » : Risque élevé de dépendance, consultation conseillée.
Stratégies de régulation personnelle
Technique de la « détox cognitive progressive » :
- Délimitez des « zones non-AR » dans votre quotidien (chambre, repas).
- Pratiquez la « mindfulness analogique » : 10 minutes quotidiennes sans aucun écran.
- Cultivez des hobbies « low-tech » : jardinage, lecture, artisanat.
- Organisez des « rencontres déconnectées » avec vos proches.
Stratégies d’adaptation et recommandations pratiques
Pour les professionnels de l’éducation
Intégration pédagogique raisonnée :
- Alternez systématiquement sessions AR et activités analogiques.
- Développez l’esprit critique vis-à-vis des contenus augmentés.
- Enseignez les compétences de navigation sans assistance.
- Créez des projets collaboratifs mixant réel et virtuel.
Pour les entreprises et marketeurs
Marketing AR éthique :
- Transparence sur les mécanismes de persuasion utilisés.
- Protection des données biométriques collectées.
- Conception inclusive respectant la diversité des capacités cognitives.
- Évaluation d’impact social des applications développées.
Pour les décideurs politiques
Régulation adaptée :
- Développement de standards de sécurité cognitive.
- Financement de la recherche indépendante sur les effets long terme.
- Éducation numérique intégrant la littératie AR.
- Protection des espaces publics non-commerciaux.
Perspectives d’avenir et évolution technologique
Tendances émergentes 2025-2030
L’évolution de la RA s’oriente vers plusieurs directions prometteuses mais interrogeantes :
IA et RA convergente : L’intégration de l’intelligence artificielle dans les systèmes RA permettra une personnalisation comportementale en temps réel. Imaginez des publicités qui s’adaptent instantanément à vos émotions détectées par votre expression faciale…
RA sociale distribuée : Les « métaverses urbains » émergents permettront des expériences collectives partagées dans l’espace public. Quelle sera l’impact sur notre sentiment d’appartenance communautaire ?
Interface cerveau-machine : Les recherches sur les implants neuronaux annoncent une RA directement intégrée à nos processus cognitifs. Sommes-nous prêts pour cette fusion technologique ultime ?

Enjeux générationnels
Les enfants nés après 2020 grandissent avec la RA comme composante naturelle de leur environnement. Cette « génération native AR » développera probablement des schémas cognitifs radicalement différents des nôtres. Quelles compétences devons-nous leur transmettre pour naviguer dans ce monde hybride ?
Synthèse et réflexions conclusives
Notre exploration révèle que la réalité augmentée transforme profondément notre comportement à travers plusieurs mécanismes convergents : restructuration des processus attentionnels, modification des patterns de mémorisation, altération de la perception spatiale et création de nouvelles formes d’interaction sociale.
Points clés à retenir
Aspects positifs :
- Amélioration mesurable de certaines performances cognitives spécifiques.
- Nouvelles possibilités thérapeutiques et éducatives.
- Démocratisation de l’accès à l’information contextualisée.
- Émergence de nouvelles formes de sociabilité urbaine.
Défis préoccupants :
- Risque de dépendance cognitive aux supports technologiques.
- Accentuation potentielle des inégalités socio-numériques.
- Questionnements sur l’authenticité de l’expérience humaine.
- Enjeux éthiques liés à la manipulation comportementale.
Ma vision personnelle d’avenir
En tant que psychologue engagé pour une technologie humaniste, je crois que nous traversons une période charnière où nos choix détermineront si la RA nous libère ou nous asservit. L’enjeu n’est pas de rejeter cette technologie – elle est déjà là et continuera d’évoluer – mais de construire collectivement les conditions de son usage émancipateur.
La question centrale n’est plus « La RA change-t-elle notre comportement ? » mais « Comment pouvons-nous diriger cette transformation pour préserver notre humanité tout en exploitant le potentiel de cette technologie ?«
Appel à l’action
Pour les citoyens : Développez votre littératie AR, questionnez vos usages, participez aux débats démocratiques sur ces technologies.
Pour les professionnels : Intégrez les considérations psychologiques dans vos projets, financez la recherche indépendante, adoptez des pratiques éthiques.
Pour les décideurs : Anticipez les régulations nécessaires, investissez dans l’éducation numérique, protégez les populations vulnérables.
L’avenir de notre cognition collective se joue aujourd’hui. Dans cette révolution silencieuse mais majeure, chacun de nous devient acteur de l’évolution de l’espèce humaine à l’ère de la réalité augmentée.
Questions fréquemment posées
Q1: La réalité augmentée est-elle dangereuse pour les enfants ? R: Les recherches actuelles montrent que l’usage modéré et supervisé peut être bénéfique pour l’apprentissage, mais une exposition excessive peut affecter le développement de l’attention naturelle et des capacités spatiales.
Q2: Peut-on devenir « accro » à la réalité augmentée ? R: Oui, des formes spécifiques de dépendance technologique liées à la RA sont documentées, caractérisées par une anxiété lors de la privation et une dégradation des capacités cognitives non-assistées.
Q3: La RA va-t-elle remplacer les interactions humaines réelles ? R: La RA transforme plutôt qu’elle ne remplace les interactions sociales, créant de nouvelles formes de médiation technologique qui peuvent soit enrichir soit appauvrir nos relations selon leur usage.
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